Interview de Rote Fahne avec Gabi Fechtner

Interview de Rote Fahne avec Gabi Fechtner

En temps de tempête, on construit des moulins à vent et pas d’abri contre le vent !

Peu après un important processus d'unification des opinions et de consultation du Comité central du MLPD, Rote Fahne s'est entretenu avec la présidente du parti, Gabi Fechtner.

En temps de tempête, on construit des moulins à vent et pas d’abri contre le vent !
Gabi Fechtner

Rote Fahne : Le MLPD se trouve au centre d'une répression anticommuniste accrue de l'Etat depuis quelques années. Fallait-il maintenant qu'il s'attire encore la colère des anticommunistes rassemblés en érigeant une statue de Lénine devant le siège de son parti ?

Lorsque l’on reconnaît un problème, il faut qu’on le « prenne par les cornes » et ne pas essayer de l'éviter. Même si la critique du capitalisme est clairement en hausse, l'anticommunisme est aujourd'hui le plus grand obstacle à l'engagement de la lutte pour une société socialiste libérée. Dans le grand public, il existe encore une image déformée du socialisme. Cet anticommunisme ne peut pas être habilement contourné ou surmonté par des impulsions prudentes qui poussent à la réflexion. Les gens doivent comprendre le contenu, les motifs et les méthodes de l'anticommunisme sous ses plus diverses variantes. Ils doivent venir à bout du mode de pensée anticommuniste petit-bourgeois. En même temps, l'anticommunisme lui-même est en crise profonde, ce qui coïncide avec la crise la plus profonde du système impérialiste mondial dans l'histoire de l'après-guerre. La voie révolutionnaire de la libération de l'humanité des guerres impérialistes, de l'exploitation, de l'oppression, de la faim, de la destruction de l'environnement et d'une construction socialiste comme alternative au chaos des crises du capitalisme est liée à la personne de Lénine. Les forces dirigeantes n'ont pas du tout besoin de cela dans une telle situation. Avec la statue de Lénine, nous avons ouvertement défié l'anticommunisme. Des fascistes ouverts jusqu'au SPD, tout l'éventail des partis bourgeois, des médias et des historiens se sent obligé de s’y opposer. Le fait qu'il soit venu si ouvertement sur la table nous a permis de mettre l'anticommunisme en pièces. Depuis février, nous nous sommes engagés dans un échange ouvert de coups avec des anticommunistes de toutes tendances devant tout le monde. C’étaient nous qui avons déterminé les sujets et nous qui avons eu le débat entre les mains à tout moment, tandis que la direction de la ville de Gelsenkirchen n'a pu que réagir. Mais soudain, des dizaines de milliers de personnes ont dû relever le défi de se positionner. Nous n'avons pas laissé ce débat au cours spontané des événements. Des milliers de discussions fondamentales ont eu lieu, des événements cinématographiques ont été organisés, des brochures et de la littérature par et sur Lénine ont été vendues, et Lénine a été largement fait le sujet principal dans les médias sociaux. Au cours de ces discussions de masse, nous avons réussi à changer la façon dont une certaine masse de personnes pense sur cette question fondamentale et à faire changer l'opinion publique. Cela a été particulièrement visible directement à Gelsenkirchen, où vraiment tout le monde discutait de ce sujet. Nous n'avons pas mené cette lutte de manière provocante ou sectaire, mais pour convaincre les gens. Avec de nouveaux arguments chaque jour, aucune position de l'adversaire, aucun mensonge ou dénigrement et certainement aucune question ne restait sans réponse. Nous avons polémiqué de manière offensive contre la calomnie anticommuniste. C'est surtout dans le contexte des crises visibles dans le monde que notre demande d'une discussion démocratique sur le socialisme scientifique a été reprise. C’était pour la première fois que beaucoup de gens ont regardé de plus près Lénine et l'Union soviétique socialiste. Ils ont commencé à remettre en question les réserves qu'ils considéraient auparavant comme des jugements incontestables.

Depuis sa fondation en 1982, le MLPD a déjà organisé de nombreux événements de grande qualité, par exemple à l'occasion du centenaire de la révolution d'Octobre. Cependant, la présence médiatique de ces événements a été pour la plupart proche de zéro. Il en va autrement aujourd'hui : grâce à plus de 350 reportages dans les médias, des dizaines de millions de personnes dans plus de 50 pays ont appris l'installation de la statue artistique de Lénine. Cette large résonance ne peut s'expliquer uniquement par cet événement. Ces événements témoignent d'une percée durable de l'isolement relatif du MLPD à l’échelle nationale. Cela n'aurait pas été possible sans que le MLPD ait déjà conquis de haute lutte auparavant un nouveau rôle pour la société dans son ensemble. De plus, avec le mouvement « Aucune chance à l'anticommunisme », nous touchons un point sensible de l'actualité. Au vu des récentes crises, de plus en plus de personnes recherchent une alternative sociale au capitalisme. Cette discussion et la cérémonie émouvante ont renforcé l'esprit offensif de nombreuses personnes critiques, militantes et révolutionnaires. Cette tactique offensive-agressive a eu un impact particulièrement fort sur les jeunes, qui ont discuté de l'installation de la statue sur Internet des milliers de fois et se sont rendus en grand nombre à la statue de Lénine lors du week-end d'ouverture. Il faut que l’ensemble du parti évalue et s’approprie cette expérience de manière créative. Non pas parce que nous voulons maintenant ériger des statues partout – mais cette approche, cette nouvelle confiance en soi contre l'anticommunisme doit être répandue. Le dévoilement de la statue de Lénine n'a pas été le point culminant du mouvement « Aucune chance à l'anticommunisme », mais seulement le brillant début. Le terrain est préparé pour faire face à l'anticommunisme à l’échelle de masse ! Le temps est venu pour le mouvement « Aucune chance à l'anticommunisme » !

Rote Fahne : Quel est l'objectif de ce mouvement ?

Il s'agit de toute l'attitude de base face à une situation dans laquelle les contradictions de classe s’intensifient considérablement. Dans une telle situation, il ne faut pas s’emmurer et se mettre en position défensive. Il faut plutôt « construire des moulins à vent », c'est-à-dire trouver les moyens et méthodes appropriés pour convertir les bourrasques en énergie productive. Soit dit en passant, un rôle pour la société dans son ensemble ne signifie pas que tout le monde est d'accord. Il s'agit du fait qu'une partie croissante des masses populaires viennent à bout de l'anticommunisme et que nos adversaires doivent également se référer spécialement à nous. Toutes les tentatives d'empêcher ou de discréditer la statue par des dénigrements, des contre-manifestations ou des menaces fascistes ont fini en grande partie comme des pétards mouillés !

Rote Fahne : Vous avez encore élargi le slogan « Aucune chance à l'anticommunisme » par un autre slogan « Aucune chance à l'anticommunisme, au fascisme, au racisme et à l'antisémitisme ! » Qu’est-ce qu’il en est ?

Il indique clairement que la lutte contre le fascisme, le racisme et l'antisémitisme ne peut être menée de manière cohérente que sur la base de la lutte contre l'anticommunisme. L'anticommunisme se présente toujours comme une vérité irréfutable. Mais au fond, en raison de sa crise, il doit constamment changer et apparemment s'adapter à l'esprit du temps. Depuis la fin des années 1980, un anticommunisme moderne s'est développé, qui se veut très démocratique et progressiste. Aujourd'hui, cette forme d'anticommunisme, en tant que barrage contre l'influence du socialisme scientifique, a pénétré toutes les formes des mouvements ouvrier, populaire et de la jeunesse petit-bourgeois. La dernière variante de l'anticommunisme moderne est l'attribution d'un antisémitisme « de gauche », qui vise à désapprouver la critique justifiée de la politique impérialiste d'Israël envers la Palestine. Cependant, avec le développement du gouvernement et des partis bourgeois vers la droite, l'anticommunisme ouvertement réactionnaire s'est également établi socialement grâce à la montée de l'AfDi. L'antifascisme et l'antiracisme bourgeois, mais aussi l'écologisme bourgeois et petit-bourgeois et le féminisme bourgeois et petit-bourgeois – ils ont tous fait de l'anticommunisme moderne leur base. Ils sont ainsi devenus des épées émoussées dans la lutte contre le fascisme et le racisme, pour la libération des femmes ou la lutte pour la protection de l'environnement naturel.

L'anticommunisme est le cœur de l'idéologie bourgeoise, qui a connu des crimes dramatiques tout au long de son histoire : le fascisme hitlérien allemand, les pogroms avec des millions de communistes assassinés en Indonésie, les persécutions en Turquie ou en Iran, la purge de l'ère McCarthy aux États-Unis ou l'interdiction du KPD en Allemagne. Tous ces crimes étaient ouvertement justifiés par l'anticommunisme et laissent une trace sanglante dans plusieurs décennies de domination capitaliste. Il n'est pas nécessaire que tous soient communistes. Mais toutes les forces progressistes et démocratiques doivent reconnaître le caractère réactionnaire de l'anticommunisme et se libérer de ces entraves. L'appel, non lié à un parti, de l'Alliance internationaliste et largement soutenu est un bon début, qui doit maintenant être diffusé avec des dizaines de milliers de signatures provenant de tous les secteurs sociaux.

Rote Fahne : Covid-19 tient toujours le monde en haleine. Selon les autorités, il y a déjà plus de 600 000 morts. Qu'est-ce que cela dit sur l'état de la société ?

La pandémie du coronavirus s'est propagée dans le monde entier en très peu de temps. Plus de 18,5 millions de personnes ont déjà été officiellement testées positives et plus de 700 000 (au 5/8/2020) sont mortes du virus. Les pays impérialistes du monde ont échoué dans leur gestion de crise. Cela a déjà commencé par le rejet des avertissements de l'OMS de 2012 concernant une telle pandémie. La fourniture de masques et de tests de masse ne correspondait pas à l'orientation sur le profit maximum des systèmes de santé. La plupart des pays n'y étaient alors pas préparés. Il en va de même pour la fermeture des installations de production dangereuses pour la santé, l'information exhaustive et le travail éducatif sur l'espacement raisonnable et les mesures d'hygiène. Le développement encore incontrôlé de la pandémie dans le monde entier montre comme un verre brûlant la décadence du système impérialiste mondial.

En ce moment, c’est impossible de dire comment les impérialistes vont tenter à maîtriser la crise du coronavirus. La seule solution véritablement durable serait un vaccin dont le développement, l’effectivité et la disponibilité restent des questions ouvertes pour les masses populaires. Toujours à nouveau, il y a des rapports alarmants : Que le virus ne cause pas seulement une maladie pulmonaire, mais attaque tous les organes, qu’il mute et devient plus contagieux et plus difficile à traiter en conséquence, que l’immunité après la maladie n’est pas assurée, qu’il y a des séquelles de long terme aussi sur le plan neurologique. Pour clarifier tous ces questions et combattre ce virus de type nouveau de manière ciblée, il faudrait d’abord faire une analyse scientifique et qualifier son caractère. Au lieu de cela, il y a une véritable confusion allant de la minimisation à la panique, dû à la compétition entre les différentes écoles de virologues et les résultats de leurs recherches qui, à leur tour, représentent des différentes parties prenantes.

Quiconque veut ouvrir des écoles et des garderies sans conditions ni restrictions – afin que les parents soient à nouveau disponibles sans aucune restriction pour l’exploitation dans les entreprises – répand donc le message qu'il n'y a aucun risque d'infection chez les enfants. Des virologues qui opposent cela sont attaqués avec acharnement. Les grandes manifestations contre le port du masque, les tests Covid-19 et toute santé préventive, organisées principalement par des partis et organisations réactionnaires et fascistes en alliance avec des ésotéristes et des militants « antivax », servent la propagande capitaliste. Le fait que ces manifestations proposent également quelques revendications correctes, telles que la lutte contre la restriction de droits et libertés démocratiques, n'est pas une raison pour leur attribuer un caractère progressiste ou pour y participer. On peut constater, notamment aux États-Unis, au Brésil ou en Grande-Bretagne, que la minimisation de la pandémie a conduit à une propagation explosive. Il n'est souvent pas facile de faire la distinction entre ceci et une lutte justifiée pour les droits et libertés démocratiques demandant en même temps une protection sanitaire complète, comme l'a fait le MLPD depuis le début. Il s'agit de persuader patiemment les masses et de s'opposer à toute sous-estimation méprisant l’être humain et réactionnaire à l'égard de la pandémie.

La confusion, en partie créée délibérément, est aussi une expression de la crise des sciences bourgeoises. En tant qu'antipôle, une énorme solidarité, discipline et désintéressement se sont développés parmi les masses populaires en même temps, comme dans l'aide de voisinage, dans la cohésion des effectifs, etc., ce qui doit quand même être consolidé dans lutte contre la confusion et la sous-estimation de cette maladie.

Rote Fahne : Si on ne sait même pas contrôler Covid-19, quand arriverons-nous à la reprise économique « en forme de V » très souvent évoquée ?

Les gouvernements impérialistes ont mal jugé la crise économique dès le début en la déclarant une conséquence de la crise du coronavirus. Depuis lors, les prévisions du ministre fédéral Altmaier ont été constamment renouvelées et corrigées. En février encore, M. Altmaier déclarait que, grâce à la gestion de crise par le gouvernement, personne ne serait au chômage, et que, une fois la crise du coronavirus maîtrisée, il y aurait un nouveau mouvement de hausse à partir d'avril. Entre-temps, la performance économique en Allemagne – le produit national brut – s'est effondrée au deuxième trimestre avec un recul historique de 11,7 %. Et une reprise rapide de l'économie n'est pas en vue. La propagande utilitaire du gouvernement fédéral vise à supplanter la compréhension scientifique de la crise capitaliste du capitalisme afin de rassurer les masses. Mais cela ne fonctionnera pas. En fait, la crise économique et financière mondiale a déjà été initié au milieu de l’année 2018. Depuis lors, la croissance de la production industrielle et du produit national brut a diminué dans la plupart des pays impérialistes. En 2018, un déclin absolu de la production industrielle a déjà commencé dans tous les centres impérialistes européens et au Japon, et à partir de 2019 dans d’autres pays impérialistes. Cependant, la gestion permanente de crise de la classe dirigeante, qui provient encore de la gestion de la dernière crise économique et financière mondiale, a pu empêcher un effondrement soudain dans un premier temps. Depuis la dernière crise économique et financière mondiale en 2008, sa politique d'« argent bon marché » a permis de maintenir les flux monétaires de manière artificielle. Mais à un moment donné, les contradictions sous-jacentes à la crise ont dû se décharger ouvertement et de manière incontrôlée : La crise du coronavirus est devenue le déclic concret de ce développement. Depuis lors, la crise économique et financière mondiale s’épanouit de manière incontrôlée au niveau international. En avril 2020, la production industrielle a chuté de 16,3 pour cent en glissement annuel aux États-Unis, de 15,3 pour cent au Japon, de 23,6 pour cent en Grande-Bretagne et de 43,3 pour cent en Italie. En Allemagne, la chute est particulièrement sévère, avec 30,2 pour cent. En avril, les exportations allemandes ont même chuté de 33,6 pour cent en glissement annuel.

Lors de la dernière grande crise économique et financière mondiale de 2008 à 2014, les supermonopoles se sont échappées vers les nouveaux pays impérialistes, qui se sont redressés de manière relativement rapide. Mais cette fois-là, les pays néo-impérialistes sont également frappés : Au Brésil, la production industrielle s'est effondrée de 25,6 pour cent en avril 2020 par rapport à l'année précédente, en Inde de 22,7 pour cent en mars, en Chine, où l’épidémie du coronavirus s’est manifestée plus tôt, de 13,5 pour cent déjà en janvier et février 2020. La véritable raison de cette crise économique mondiale est la suraccumulation chronique de capital. Elle a pour conséquence que c’est plus difficile d'investir ‒ de manière à maximiser le profit ‒ le capital qui croît en même temps, ce qui doit se décharger sous forme de crise. Ce problème est devenu chronique avec la nouvelle organisation de la production internationale.

Le capital du bilan des 500 plus grands monopoles internationaux s'élevait encore à 105 billions de dollars US en 2007. En 2018, il a atteint 134 billions. Cela représente quatre fois leur chiffre d'affaires. En outre, diverses crises structurelles aggravent la situation. Une crise financière mondiale et une crise boursière internationale sont apparues. Si on regarde derrière tous ces chiffres, on voit de graves conséquences pour la classe ouvrière et les larges masses. Le chômage de masse dans le monde entier augmente déjà de façon dramatique. Dans le monde, plus de 400 millions d'emplois à temps plein ont été supprimés au cours du deuxième trimestre 2020.ii En Allemagne, le nombre de chômeurs a augmenté de 637 000 personnes en juin en glissement annuel, soit 2,9 millions au total.

La situation des masses dans les pays ayant des gouvernements ouvertement réactionnaires et fascisants comme les États-Unis, le Brésil, la Turquie ou Israël est véritablement catastrophique. Avec leur conception fasciste de l'être humain, ils minimisent les conséquences catastrophiques de la pandémie jusqu'à aujourd'hui et contrecarrent de manière ciblée les mesures nécessaires afin d’imposer impitoyablement les intérêts des monopoles. Les fardeaux de la crise y sont répercutés aux masses avec une brutalité particulière. Aux États-Unis, de loin le pays le plus touché par Covid-19, mais aussi au Brésil, en Grande-Bretagne ou en Israël, le système de santé s'effondre dans de nombreuses régions. Avec la colère de la population face à ce comportement, la plupart de ces gouvernements – et avec eux divers partis fascisants – sont tombés en crise, ce qui s'exprime par des grèves et des manifestations de plus en plus nombreuses.

Rote Fahne : Ne faut-il pas qualifier la gestion de crise du gouvernement Merkel/Scholz/Seehofer de plus ou moins solide en comparaison avec la situation aux États-Unis ?

Les gouvernements qui, comme en Allemagne, adhèrent encore au système du mode de pensée petit-bourgeois comme principale méthode gouvernementale n'ont pas osé adopter une approche ouvertement méprisant l’être humain comme celle de Trump. C'est aussi une concession à la conscience critique croissante de la population. Comme dans d'autres pays, des milliards ont certainement été investis pour atténuer les conséquences de la crise. Néanmoins et malgré toute l’hypocrisie du gouvernement, il a finalement surtout rempli sa fonction comme prestataire de service du capital financier international dominant sans partage. Dès le début, la priorité n’a pas été surtout la santé et les questions sociales des travailleurs et des larges masses populaires, mais c’était « le retour à la croissance » qui a demandé « la maîtrise des contaminations au coronavirus », comme l’Institut de l’économie mondiale de Kiel l’a exprimé avec une franchise notable.iii Le programme de crise national du gouvernement fédéral a surtout été adapté aux supermonopoles internationaux de l’Allemagne. Entre-temps, un gouffre se creuse par rapport à la question qui est véritablement soutenue par ces mesures étatiques. Prenons l’exemple de Wirecard. Le gouvernement fédéral, des différents services secrets, des auditeurs et des organismes de contrôle publics sont profondément impliqués dans cet autre cas de criminalité monopoliste d’État après VW. Les « pratiques commerciales » de Wirecard révélées montrent un mode de pensée décadent monopoliste qui est prêt à tout pour adhérer au capital financier international dominant sans partage. Wirecard, qui a été protégé et promu pendant des années à l’échelle internationale par Merkel, Scholz, Altmaier etc., est le premier groupe du DAX-30 contraint à se déclarer en faillite. D’autres groupes comme Lufthansa, Kaufhof, TUI ou ThyssenKrupp se trouvent dans des crises existentielles et peuvent seulement être sauvés par des aides publiques vastes et des nouveaux découpages structurels sur le dos des employées. D’ailleurs, c’est un peu trompeur quand le Linkspartei dénonce que Lufthansa fait des licenciements de masse malgré des subsides étatiques. Au contraire, les subsides étatiques et les licenciements de masse ont pour objectif commun de renforcer ce supermonopole allemand contre les concurrents impérialistes provenant par exemple des pays arabes. En même temps, la gestion de crise de Merkel a profité de la situation pour amener les gens à accepter des mesures visant à réduire les droits et libertés démocratiques. Le gouvernement s'est doté de pouvoirs de décision étendus pour sa gestion de crise, même sans consentement du parlement, et peut désormais prendre des décisions importantes par décret plutôt que par loi. Alors que Merkel qualifiait encore les masques absolument utiles de « multiplicateur du virus » jusqu'en avril (BILD du 1/4/20), le 22/3/2020 elle a déjà imposé l'interdiction de se réunir en public à plus de deux personnes ! Avec l'interdiction des manifestations et des grands événements, elle est gravement intervenue surtout dans les droits et libertés démocratiques du mouvement ouvrier. Le gouvernement fédéral pratique donc également une gestion de crise réactionnaire, qui s’oriente de plus en plus vers la droite.

Rote Fahne : Dans la dernière crise économique et financière de 2008 à 2014, les dominants ont réussi à surmonter leurs divergences remarquablement bien avec leur gestion de crise coordonnée à l’échelle internationale. Qu’est-ce qui est différent cette fois-là ?

D'une part, dans la crise actuelle, la gestion bourgeoise de crise s'est heurtée à des contradictions inter-impérialistes déjà immensément aiguisées.

L'échec de la gestion de crise est principalement dû au fait que les mesures amortissant les effets de la crise économique et financière mondiale et celles inhibant la pandémie de Covid-19 se contrecarrent réciproquement dans le capitalisme : Ce qui pourrait relancer l'économie capitaliste fait exploser les contaminations au coronavirus. Ce qui pourrait effectivement contenir les contaminations au coronavirus, inhibe l'économie de profit capitaliste. Et ce problème touche tous les pays, quel que soit la méthode gouvernementale concrète qu'ils choisissent actuellement. Les fédérations monopolistes respectives ont forcé cette compétition de qui redémarre son économie en premier et aura donc un avantage dans la concurrence inter-impérialiste. Partout où il y a des relâchements hâtifs des mesures barrières sans protection sanitaire suffisante, les chiffres de contaminations explosent maintenant. Une « deuxième vague » a déjà commencé dans plusieurs pays et n’est pas du tout impossible en Allemagne non plus. De nombreux pays comme la France, les États-Unis, Israël et plusieurs régions de l'Allemagne étaient entre-temps contraints à réimposer des confinements plus graves. Aussi en Allemagne le gouvernement a satisfait de manière irresponsablement précipitée et mot pour mot les revendications ultimes de relâchement et annulation de mesures sanitaires importantes, avancées fin mai par la fédération de monopoles BDI.iv Par conséquent, depuis quelques semaines la pandémie a tendance à se développer de manière incontrôlée, également ici. D’abord dans des foyers comme les centres pour réfugiés, la filière viande, les entreprises avec hébergement collectif des employées, les maisons de soins et de retraite. Mais, apparemment en conséquence du tourisme, cette tendance s’est entre-temps généralisée, ce qui est beaucoup plus dangereux, parce que c’est beaucoup plus difficile de retracer les chaînes de contamination dans ce contexte.

Les relâchements précipités ont aussi donné un signal dévastateur aux masses populaires, qu’il ne faudrait plus prendre la protection sanitaire tellement au sérieux. C’est clair qu’il faut critiquer un comportement insensible des gens, mais au moins le gouvernement en partage la responsabilité.

La gestion de crise a un autre problème : il s’agit d’une crise économique et financière internationale et d’une crise sanitaire internationale. Mais la gestion de crise est presque partout orientée largement sur des intérêts nationaux. Les sommes gigantesques de la gestion de crise nationale, qui s’élèvent à plus que 14 billions d’Euro à l’échelle mondiale,v sont investies pour s’imposer dans la lutte concurrentielle internationale. L’ONU, l’UE, les G7, G20, l’OMC et aussi l’OTAN sont largement incapable d’agir sur ce fond. Une telle gestion de crise nationale n’est pas du tout capable de résoudre une crise internationale ! À cause de leur grande dépendance des exportations et leur dépendance des axes commerciaux et chaînes logistiques internationaux fonctionnants, ce développement est particulièrement dévastateur pour les monopoles allemands.

En outre, la gestion de crise poursuit l’objectif essentiel de supprimer des luttes contre la répercussion des fardeaux de la crise. Le démantèlement de droits et libertés bourgeois poursuivit par nombre de gouvernements sous le prétexte d’une « situation de menace dans une crise »vi va jusqu’à des régimes d’État d’émergence fascistes, comme celui d’Orban en Hongrie et en partie de Trump aux États-Unis. Donc, à la différence de la dernière crise, une crise sérieuse de la gestion de crise bourgeoise s’est produite rapidement. Ceci est une raison essentielle pourquoi une crise du système impérialiste mondial touchant la société dans son ensemble peut émerger à court terme.

Rote Fahne : Qu’est-ce que tu entends par crise touchant la société dans son ensemble ?

Une crise du système impérialiste mondial touchant toute la société signifie des phénomènes de crise tous azimuts. Elle est marquée par des ébranlements profonds du fondement économique et de la superstructure politique. L’interaction de la crise économique et financière et de la crise du coronavirus s’amplifiant réciproquement crée déjà en ce moment les ébranlements les plus profonds du system impérialiste mondial depuis la Seconde Guerre mondiale. À l’échelle mondiale, cette crise n’a pas encore mûri et nous avons toujours affaire à une tendance. Mais elle s’accélère avec la crise de la gestion bourgeoise de crise. Des crises de toute la vie sociale se développent. Toujours plus de gens sont jeté dans la pauvreté, aussi dans les pays impérialistes. La Welthungerhilfe [Aide contre la faim dans le monde] prévoit un milliard de gens affamés en liaison avec les crises économique et du coronavirus actuelles. Un quart d’eux risque urgemment de mourir de faim. En même temps, des aliments sont détruits en masse dans une crise agricole ouverte, on fait baisser les prix et détruit des existences paysannes. En Belgique, par exemple, près de 750 000 tonnes de pommes de terre risquaient d'être détruites ou transformées en aliments pour animaux au mois de mai.vii La crise de l’ordre bourgeois d’État et de la famille s’accentue avec la répercussion de toujours plus de problèmes sociaux et des fardeaux de la crise sur les familles individuelles. Malgré les minimisations apaisantes évoquant une « pause pour souffler » dans la crise écologique globale, la transition à la catastrophe environnementale planétaire s’accélère. Mais il ne faut pas réduire la crise écologique à la question du climat. Nous nous trouvons déjà dans la plus grande disparition d'espèces depuis la disparition des dinosaures. L’asphyxie des mers s’accélère aussi. La crise globale des réfugies s’intensifie. Nous verrons que des douzaines de millions de gens seront poussés à la fuite dans un proche avenir.

Rote Fahne : Ne connaissions-nous pas déjà ces crises auparavant ?

Une crise qui touche la société dans son ensemble est plus que la somme de ces différents points chauds. Elle représente un saut qualitatif dans le développement social. Une crise sociale tous azimuts ne découle pas uniquement de ces facteurs objectifs, mais surtout de l'interaction avec des facteurs subjectifs. L'incapacité ouverte de ceux qui sont au pouvoir de continuer à gouverner comme jusqu'à présent est une face de la médaille. En même temps, dans une crise qui touche l'ensemble de la société, les masses populaires prennent conscience qu'elles ne veulent pas être gouvernées de cette manière. Plus la crise économique ébranle la base économique, plus les secousses de la superstructure politique deviennent aiguës. Ces dernières années, nous avons déjà vu comment les crises politiques ouvertes ont augmenté en fréquence et en profondeur.

L'ensemble de la situation implique un danger général de guerre considérablement accru. Le danger d'affrontements guerriers directs entre les puissances et les camps impérialistes s'intensifie dans divers points chauds tels que la mer de Chine méridionale, le conflit entre la Turquie et la Grèce/l'UE, la Syrie et l'Ukraine. Les États-Unis sont toujours le principal fauteur de guerre. Trump intensifie sa stratégie sur presque tous les fronts, comme avec la Chine. Ce conflit est également alimenté par le fait que la gestion de crise plus efficace de la Chine ‒ par rapport aux États-Unis ‒ lui a donné une impulsion dans ses efforts pour remettre en question la position des États-Unis en tant que seule superpuissance.

Rote Fahne : Quelle est la perspective d'une telle crise sociale tous azimuts ?

Lénine précise « que la question posée, celle de la possibilité d’un essor révolutionnaire dans un proche avenir, ne peut être tranchée ni dans un sens ni dans l’autre, par aucune statistique sur la crise, même d’une précision idéale ; un tel essor en effet dépend de milliers d’autres facteurs sur lesquels il est impossible d’anticiper. » (Lénine, « Réflexions sur la période actuelle », Œuvres, t. 15, Paris/Moscou 1967, p. 298). Il est clair qu'une telle évolution dépend essentiellement du degré de conscience et d'organisation de la classe ouvrière et des larges masses populaires. Le développement dans les grandes entreprises industrielles et la conscientisation de la classe ouvrière en sont les principaux facteurs. Car ce n'est que par un saut qualitatif dans la conscience classiste de la classe ouvrière et le passage à une offensive ouvrière sur un large front qu'une crise révolutionnaire mondiale émergera d'une crise de la société dans son ensemble.

Dans une telle situation, les marxistes-léninistes doivent suivre le pouls de toute la vie sociale, analyser l'évolution du mode de pensée des masses, élaborer des arguments tout à fait convaincants et déclencher et mener des luttes. Des combats spontanés éclateront de manière éruptive sur des questions peut-être surprenantes, jusqu'ici apparemment apolitiques, comme ces derniers mois aux États-Unis, mais aussi lors des accès de rage de jeunes à Stuttgart et à Francfort contre la répression policière. Dans une telle situation, la lutte pour les droits et libertés démocratiques se déplacera au centre des revendications et slogans politiques. En outre, il s'agit d'un processus transnational. Le MLPD doit et va résolument élargir son rôle social afin de pouvoir atteindre une clarté d'objectif, une conscientisation et un rôle organisateur adaptés à la situation.

Rote Fahne : Est-ce déjà une telle crise aux États-Unis ?

Nous voyons actuellement aux États-Unis à quelle vitesse cela peut se développer. Dans ce pays cœur impérialiste, nous vivons déjà le début d'une telle crise de la société dans son ensemble. Après le meurtre raciste de George Floyd, une vague de rébellion de masse en partie insurrectionnelle a éclaté. En un mois, les masses ont organisé plus de 4 000 manifestations dans tout le pays, qui ont pris des positions de plus en plus critiques à l'égard de la société : contre le racisme structurel et le mépris fascisant de l'humanité du président américain. Le conflit a été alimenté par l'augmentation massive du chômage et de l'appauvrissement dans le sillage de la crise économique et financière mondiale. Les masses n'ont pas non plus reculé lorsque Trump a envoyé la Garde nationale. Partiellement, il y a eu des affrontements de masse armés dans certaines villes. En conséquence, le président Trump traverse la crise la plus profonde de son mandat à ce jour et sa réélection dans trois mois est sérieusement menacée.

À l'heure actuelle, l'Israël impérialiste se dirige vers une crise qui touche toute la société. Les protestations de masse contre le régime réactionnaire de Nétanyahou se poursuivent depuis des semaines. Rien qu'à Tel-Aviv, le week-end passé, 10 000 personnes sont descendues dans la rue : contre la corruption, le chômage et l'appauvrissement, et contre l'échec de la politique de santé, qui a entraîné une nouvelle propagation des infections de Covid-19. Des milliers de fois les manifestants critiquent aussi la politique d'occupation contre les Palestiniens lors de ces actions. Cette situation complexe est quelque chose de nouveau en Israël et a déjà conduit à une crise ouverte au sein du gouvernement.

Rote Fahne : Comment s'est développé le revirement de l'état d'esprit progressiste ? La chancelière Merkel a-t-elle réussi à inverser la crise de confiance dans la politique bourgeoise ?

L'année dernière a été une année record du revirement de l'état d'esprit progressiste, avec plus de cinq millions de participants aux luttes et grèves en Allemagne et plus de 500 millions de participants au niveau international. Cela s'est poursuivi au début de l'année. Dans cette situation, les forces au pouvoir ont utilisé le début de la pandémie du coronavirus pour une manipulation massive de l'opinion publique. En ce qui concerne la crise du coronavirus, les médias bourgeois étaient parfois relativement synchronisés, avec les émissions spéciales quotidiennes, les talk-shows, les tables rondes d'experts, etc. Délibérément ‒ et c'est ce qu'un document du ministère de l'Intérieur a affirmé ‒ la méthode de choquer la population a d'abord été utilisée. Ceci afin de les gagner « volontairement » aux empiètements radicaux dans la vie sociale et dans leurs droits et libertés démocratiques. Au départ, dans une rare unanimité, tous les partis du Bundestag ont essentiellement soutenu la gestion de la crise par le gouvernement. Toutes les autres questions sur lesquelles les masses s'opposaient au gouvernement ont été traitées comme si elles n'existaient plus. De cette façon, les dirigeants ont réussi à superposer temporairement la crise de confiance en la politique bourgeoise. Selon le baromètre politique du ZDF du 31 mars, 89 % des personnes interrogées ont attesté que le gouvernement avait fait du « bon travail » dans la crise du coronavirus. La CDU a réussi à sortir fastidieusement du plus bas dans les sondages. Toutefois, cela ne signifie pas que les critiques fondamentales et la méfiance à l'égard de la politique bourgeoise qui s'étaient développées au fil des ans ont été oubliées, ni même que les masses populaires se sont orientées vers un soutien général aux politiques gouvernementales. Il n'a donc pas fallu longtemps pour que les premiers combats dans le sens du revirement de l'état d'esprit progressiste éclatent à nouveau. Un premier point fort a été les rassemblements militants du 1er mai organisés de manière autonome dans 100 villes contre le gouvernement et les monopoles ‒ face à la capitulation ouverte de la direction de la DGBviii. Le MLPD a joué un rôle de pionnier dans la réaffirmation des droits et libertés démocratiques bourgeois.

Face à la montée du revirement de l'état d'esprit progressiste, les forces au pouvoir s'étaient alarmés et tentaient d'orienter les luttes sur des voies réactionnaires. Comme à l'époque pour « Pegida »ix 2014/2015, des chaînes comme n-tv ont plus ou moins ouvertement appelé à des soi-disant « manifestations d'hygiène » de droite. Toutefois, peu de temps après, plus de 80 % des personnes interrogées dans le cadre de sondages se sont opposées à ces manifestations, car les auteurs ouvertement réactionnaires et en partie fascistes de ces manifestations avaient été démasqués. C'était aussi une expression de la conscience antifasciste croissante des masses. Les fascistes qui tirent les ficelles de ces actions essaient délibérément avec la soi-disant politique de « Querfront » [front transversal] de laisser les frontières entre la gauche et la droite s'estomper en apparence. C'est une des raisons pour lesquelles ils peuvent encore mobiliser plusieurs milliers de personnes pour des actions individuelles comme le 1/8/2020 à Berlin. Mais un « Querfront » n'est pas une chose intermédiaire entre la droite et la gauche ‒ il est lui-même néofasciste.

Une opposition militante a commencé à se former contre la gestion de la crise du gouvernement et des monopoles. Cette évolution a commencé par de petites grèves dans diverses entreprises industrielles, suivies de protestations de réfugiés et, plus tard, de jeunes contre la politique scolaire bourgeoise, le racisme et l'arbitraire de la police.

Rote Fahne : Quel est le rôle de la classe ouvrière dans cette situation ?

La classe ouvrière et le prolétariat industriel sont même à l'avant-garde de ces luttes dans le monde entier. En Italie, par exemple, 900 000 travailleurs se sont mis en grève vers le 1er mai. La conscience de classe des travailleurs en Allemagne montre une grande vigilance face à l'annonce de suppressions d'emplois, d'annulations de conventions collectives, etc. Des suppressions d'emplois à six chiffres ont déjà été annoncées, notamment dans les banques, les compagnies d'assurance, l'industrie automobile et la construction mécanique. Une enquête menée par Gesamtmetallx auprès de 1 400 entreprises de l'industrie métallurgique et électrique a montré que 40 % d'entre elles ont l'intention de supprimer des emplois. Dans cette évolution nous devons adopter une position claire contre l'orientation de la cogestion syndicale. Ces dernières semaines, par exemple, divers accords assortis de compromis pourris ont été négociés sur des réductions du temps de travail sans compensation salariale, des suppressions d'emplois dites socialement compatibles, etc. La direction d'IG-Metall a prescrit aux travailleurs un gel de salaires et la direction de la DGB s'est abstenue de participer aux rassemblements et manifestations du 1er mai. Les premières petites grèves autonomes et des activités militantes, souvent imbriquées avec des initiatives syndicales, montrent que la classe ouvrière ne se laissera pas avoir dans cette situation ! Avec le début de l'année d'apprentissage, une destruction de places d'apprentissage se profile à l'horizon et une partie des étudiants est financièrement confrontée à la question de l'abandon de leurs études. Les effets réels de la crise n'ont que commencé à se manifester ouvertement. Il faudra encore un certain temps avant que les travailleurs ne tirent leurs conclusions et ne se rendent compte que seule une lutte déterminée leur permettra de défendre leur salaire et leurs conditions de travail. L'offensive ouvrière se développera alors à partir de ces luttes.

Rote Fahne : Comment se développe le travail international du MLPD ?

Alors que les impérialistes ont fermé les frontières et fait passer les intérêts nationaux en premier, nous avons mis l'accent sur l'aide et les échanges internationaux. En général, le mouvement international marxiste-léniniste, révolutionnaire et ouvrier se consolide et se renforce. De nombreux partis sont en première ligne dans leur pays pour organiser l'auto-organisation, l'auto-assistance et des luttes pendant la pandémie du coronavirus contre les restrictions souvent rigoureuses des droits et libertés démocratiques et contre le déplacement parfois inhumain des fardeaux de la crise sur la population. Les forces de l'ICOR ou des associations internationales de travailleurs de l'automobile, de mineurs ou d'organisations de femmes ont souvent agi comme initiatrices de luttes importantes. Nous avons également soutenu des initiatives de pactes de solidarité, par exemple en faveur des mineurs au Congo, qui n'ont plus pu assurer un revenu à leur famille en raison de la crise. La coopération et la coordination internationales réelles des luttes seront le défi le plus important, afin que l'ICOR puisse maîtriser l'épreuve d'une crise du système impérialiste mondial touchant les sociétés dans leur ensemble, et s'en renforcer. Le mouvement « Aucune chance à l'anticommunisme ! » a également une portée internationale. Il y a quelques jours seulement que nous avons vu comment, à Munich, dix révolutionnaires turcs ont été condamnés à de longues peines de prison pour leur conception du monde marxiste-léniniste et leur adhésion au TKP/ML. Le tribunal lui-même a constaté que la participation présumée des accusé.e.s à des crimes spécifiques était expressément invalidée. Dans ce contexte, nous dénonçons également le fait que l'impérialisme allemand ait coopéré étroitement avec le régime fasciste d'Erdogan en Turquie pour ce procès. Dans la discussion avec nos amis internationaux, il devient toujours plus clair que dans tous les pays du monde, l'anticommunisme avec ses différentes nuances joue un rôle important, qu'il s'agisse de l'anticommunisme moderne ou de l'oppression ouvertement contre-révolutionnaire. Cependant, il y a parfois encore des incertitudes sur la manière de le traiter. Le mouvement « Aucune chance à l'anticommunisme » en Allemagne, en tant que pays cœur de l'anticommunisme, devrait donc également être un stimulant et un encouragement pour toutes ces organisations à prendre l'offensive contre lui.

En ce qui concerne le mouvement internationaliste en Allemagne, l'événement le plus important de ces derniers mois a été la création du « Freundeskreis Flüchtlingssolidarität » [Cercle d'amis Solidarité avec les refugié.e.s] au sein de l'auto-organisation non liée à un parti Solidarité Internationale. Ici, des leaders expérimentés de réfugiés militants s'associent aux représentants allemands de la solidarité internationale. Ceci est également d'une grande importance au vu du renforcement prévu de la loi sur l'asile par le ministre de l'Intérieur Seehofer, des nouvelles vagues de réfugiés attendues, etc.

Rote Fahne : Comment le courant liquidateur contre le MLPD, coordonné par les services secrets, visant à canaliser les différents mouvements conformément au système, s’est-il développé ?

Le point de départ est que les répressions de l'État contre le MLPD ont considérablement augmenté. Cela comprenait également des activités liquidatrices contrôlées par les services secrets. En général, il a été possible de remettre ce courant liquidateur clairement à sa place au cours de l'année 2019 grâce au vaste travail éducatif sur son caractère. Mais des succès ont été obtenus aussi avec la lutte pour nos droits et libertés démocratiques, entre autres avec des plaintes contre la police, mais aussi contre certains de leurs collaborateurs dans des ONG, des partis bourgeois, leurs organisations de jeunesse ou contre les « Antideutsche »xi. Dans plus de 60 cas et une quarantaine de villes, relativement simultanément en recourant parfois à la violence, des tentatives ont été faites pour empêcher le MLPD de se manifester en public. Cela correspondait exactement aux directives précédemment publiées par les services secrets et les monopoles. Nous avons dû briser de manière cohérente ces tentatives pour abolir effectivement notre droit de coalition et criminaliser le MLPD. Dans la plupart des manifestations, le MLPD peut se présenter tout à fait normalement aujourd’hui. En même temps, ce courant liquidateur n'est pas une chose temporaire qui peut être vaincue une fois, mais il reviendra encore et encore.

Actuellement, il y a un certain nombre d'enquêtes menées par l'AfD dans divers parlements des Länder sur l’endiguement prétendument nécessaire de l'influence du MLPD. Le gouvernement de Bade-Wurtemberg a répondu à ces demandes en déclarant que l'Office du Land pour la protection de la Constitution (LfV) « perçoit des tentatives des groupes d'extrême gauche d'influencer les structures de certaines alliances sociales ... ». Ils affirment ensuite que cette prétendue influence n'est « ...souvent pas couronnée de succès. Cela est dû notamment au travail d'information et de prévention réussi du LfV, qui ... permet aux acteurs agissant dans les alliances ‒ lorsque cela est nécessaire ‒ de se délimiter en matière de contenu des groupes extrémistes. » L'influence illicite du MLPD suggérée ici est une insinuation anticommuniste, car le MLPD coopère ouvertement et de manière égale dans de telles alliances. Toutes les forces qui se sont abaissées à un tel procédé contre le MLPD ‒ qu'il ait été délibérément commandité ou qu'il soit le fruit d'une intoxication incendiaire anticommuniste ‒ devraient changer de ligne de conduite dès que possible, si elles ne veulent pas devenir des larbins bon marché des services secrets.

Rote Fahne : Au vu de toutes ces exigences, il n'est pas si facile de s'orienter de manière autonome !

Avoir une évaluation et un pronostic clairs à tout moment dans l'un des scénarios de crise les plus compliqués de ces dernières décennies est avant tout une épreuve de la dialectique. Cela fait partie du répertoire du système du mode de pensée petit-bourgeois de répandre le sentiment vague que dans une telle situation, on ne peut pas vraiment voir clair et encore moins faire quoi que ce soit. Plus la réalité de classes capitaliste est clairement perçue, plus les travailleurs voient clairement quel levier doit être utilisé pour la changer. C'est exactement ce que la classe dirigeante veut empêcher par tous les moyens. Les marxistes-léninistes et les larges masses populaires ont le plus grand intérêt à la vérité. En fait, le caractère de cette crise qui touche toute la société nous fournit beaucoup d'éléments d'illustration qui permettent de comprendre la dialectique de manière plus approfondie.

Lorsque de nouveaux phénomènes apparaissent, il est également nécessaire de développer le travail scientifique. Dans cette situation, il s'est avéré utile que nous ayons évalué la situation et discuté des conclusions dans les réunions régulières d'une équipe guidée par la direction du parti, ensemble avec diverses personnes responsables au sein du Comité central, des médecins et des avocats. En outre, nous avons organisé la sagesse collective du parti et du public démocratique dans un forum de discussion public sur Internet consacré à la crise du coronavirus et ses interrelations. Dans cette situation, il y a eu une grande initiative critique et autocritique, de la vigilance et de nombreuses contributions compétentes pour donner les bonnes réponses. Tout cela a été le fruit d'un grand effort conjoint de notre parti.

Mais on a également besoin de l'analyse et de l'orientation idéologique, des soi-disant « grandes lignes ». Pour cela, le système de Revolutionärer Weg [Voie Révolutionnaire], en tant qu'organe théorique, est pour nous le guide le plus important et le plus éprouvé. La rédaction de Voie Révolutionnaire et le Comité central travaillent donc intensément à la publication de Revolutionärer Weg No 36 « La crise de l'idéologie bourgeoise ».

Au vu des nombreuses crises politiques et économiques, on pourrait dire : pourquoi lancer encore un nouveau débat ? Mais la question de l'idéologie détermine finalement la voie qui prévaudra : l'idéologie prolétarienne et communiste de la liberté avec sa perspective claire ou l'idéologie bourgeoise décadente et démoralisante qui représente un système mourant ?

En Allemagne, le capital monopoliste a réussi au cours des dernières décennies à attacher la classe ouvrière au capitalisme de manière encore assez stable grâce aux mensonges vitaux de l'idéologie bourgeoise. Ce succès s'explique par le fait que de nombreuses personnes ont été influencées dans une certaine mesure par ces opinions, par exemple par la prétendue « économie sociale de marché », l'« État-providence », l'« égalité des droits entre hommes et femmes », la « politique étrangère pacifique » ou le fait que la dignité humaine passerait avant tout.

Dans le contexte de la nouvelle qualité de la tendance impérialiste aux crises, cette idéologie bourgeoise, avec tous ses mensonges vitaux et ses systèmes trompeurs, s'est elle-même retrouvée prise dans le tourbillon de la crise. Le plus important en est certainement que l'anticommunisme moderne est également en crise. Mais la crise de l'idéologie bourgeoise ne conduit pas encore automatiquement à ce que le marxisme-léninisme s'empare des masses populaires. Les forces au pouvoir suscitent un véritable fouillis d'opinions et d'explications différentes, et surtout des méthodes petites-bourgeoises d'approcher la réalité. Surtout, ils recourent de plus en plus à des formes ouvertement réactionnaires de l'idéologie bourgeoise telles que le racisme, le fascisme, le chauvinisme, les interprétations intégristes de la religion, etc. Dans une telle atmosphère, même les théories de conspiration les plus abstrus peuvent prendre vie. Afin de venir à bout de tous les effets de l'idéologie bourgeoise, il faut un processus intensif de formation de la conscience, un débat idéologico-politique profond et un traitement conscient des expériences pratiques. Aujourd'hui, l'idéologie bourgeoise apparaît principalement sous la forme de la pensée petite-bourgeoise. Celle-ci s'adapte apparemment au mode de pensée prolétarien et représente des vues progressistes individuelles sans toutefois, dans son essence, se séparer de l'idéologie bourgeoise. Par exemple, on entend souvent, même parmi les travailleurs, l'opinion selon laquelle il faut combiner le meilleur du socialisme et du capitalisme. Les travailleurs doivent comprendre que les aspects qui semblent progressistes sous le capitalisme ne sont que des acquis obtenus par la lutte ou une expression des forces productives révolutionnaires. Mais celles-ci doivent d'abord être libérées des lois du capitalisme pour développer leur utilité progressiste pour la société. Pour lutter réellement pour le socialisme, il faut s'affranchir et venir à bout des diverses manifestations et effets de l'idéologie bourgeoise et du mode de pensée petit-bourgeois. Entreprendre la lutte pour le dépassement révolutionnaire du capitalisme nécessite un combat idéologique préalable. C'est pourquoi, dans cette situation, nous attachons une importance fondamentale à la polémique scientifique. Il n'est pas si facile de distinguer le bien du mal et ce qui sert quels intérêts. La polémique aide à clarifier les fronts.

Rote Fahne : Quelles sont les prochaines tâches du MLPD ?

L'accent est désormais mis sur la préparation du travail de l'ensemble du parti ‒ et aussi des modes de pensée, de travail et de vie ‒ au développement d'une crise touchant toute la société. C'est le cœur d'une nouvelle phase de la campagne d'autocritique dans la voie vers le parti des masses. Ce faisant, nous devons renforcer considérablement le parti et l'organisation de jeunes Rebell. Cela signifie qu'il faut réaliser dans chaque tâche et dans chaque domaine le travail marxiste-léniniste de la jeunesse comme une tactique de masse dans la construction du parti. Nous avons considérablement renforcé les initiatives en ce sens, notamment pour réaliser la transition générationnelle, qui a été lancée avec succès, à tous les niveaux du MLPD. En outre, nous allons consolider le travail sur notre principale ligne de combat dans les grandes entreprises industrielles. Le mouvement « Aucune chance à l'anticommunisme » va imprégner tous les domaines de travail. Nous allons considérablement développer notre système d'éducation et de formation et l'orienter vers les nouveaux membres du parti. Nous devons accorder la plus grande importance au travail formateur de conscience et apprendre à combiner chaque activité avec le travail d'organisation et de prise de conscience. Comme le travail politique, également, doit être appris et entraîné, nous encourageons les mouvements non liés à un parti et auto-organisés ainsi que des auto-organisations de masse. Cela doit également s'imposer contre une tendance, en partie survenue, à nous focaliser unilatéralement sur notre travail de parti au sens étroit du terme.

Cela s'applique également, par exemple, aux alliances électorales d'individus non liées à un parti qui se présentent actuellement pour les élections locales en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Dans son rapport actuel, l'Office pour la protection de la constitution de la Rhénanie du Nord-Westphalie [le service secret ‒ NdT] dénonce une fois de plus ce soutien comme une prétendue infiltration par le MLPD. Actuellement, diverses alliances électorales d'individus ainsi que le MLPD ont décidé d'intenter une action en justice contre ce service secret et la diffusion de ces mensonges ! Récemment, plusieurs initiatives de ce type contre le service secret ont été couronnées de succès, et nous allons faire échouer l'anticommunisme encore une fois ici aussi. Il est également nécessaire de développer de nouvelles formes d'organisation de la solidarité ouvrière, ce qui est particulièrement important en temps de crise.

La prochaine Journée anti-guerre, le 1er septembre en Allemagne, sera certainement une bonne occasion de faire connaître l'initiative de construction d'un front uni anti-impérialiste international contre le fascisme et la guerre et de gagner de nouvelles forces pour celui-ci. Nous attendons avec impatience la campagne pour les élections régionales en Thuringe et les élections fédérales en 2021, qui seront un important champ de conscientisation dans les conditions sociales actuelles. La collecte nécessaire des signatures a déjà commencé.

Enfin et surtout, un optimisme révolutionnaire inébranlable est d'une importance fondamentale dans les temps de grands changements à venir. Dans les années à venir il y aura sans aucun doute de grandes exigences, des problèmes et des difficultés à résoudre, des attaques tranchantes, de grands succès mais aussi des défaites. Chaque révolutionnaire sera pe1ut-être confronté à des exigences qu'il n'a jamais connues auparavant. Quiconque est attaché à s’installer dans une vie tranquille sous le capitalisme commencera à s'en plaindre et à se lamenter, comme vous pouvez le voir actuellement avec les politiciens du Parti de gauche, des Verts ou certains présidents de comités d'entreprise. Les révolutionnaires doivent sans aucun doute travailler dur et se surpasser. Ils peuvent envisager l'avenir sur la base d'un optimisme révolutionnaire !

Merci beaucoup !